VOILE « En mode Guerrière » Carnet de bord d’une apprentie navigatrice – Episode 4/6

Valérie Marqueton est Sablaise. Sportive, la quarantaine, peu expérimentée en voile, elle nourrit depuis quelques années le rêve de prendre le large et de participer à l’une des courses les plus mythiques : la Rolex Fastnet Race. Samedi 26 juillet, elle fut comme des milliers d’autres équipiers au départ de la course centenaire. Une expérience qu’elle partage avec Voiles et Voiliers dans son carnet de bord. Aujourd’hui, elle raconte ce jour si particulier et les premières heures de course.

C’est parti. Valérie Marqueton et son équipage se sont élancés sur la course mythique. Des étoiles plein les yeux, elle savoure chaque instant.
C’est parti. Valérie Marqueton et son équipage se sont élancés sur la course mythique. Des étoiles plein les yeux, elle savoure chaque instant. | VALÉRIE MARQUETON

Valérie MARQUETON. Publié le 26/07/2025 à 09h15 sur le site Voiles et Voiliers

Hier soir, avant le dîner, nous étions huit assis dans le cockpit de Dulcissima pour le « brief » avant le grand départ. Notre bateau est ballotté par les ferrys de passagers, car nous avons été déplacés et nous sommes à présent septièmes à couple. Les premières informations sont délivrées par Jean-Christophe sur les règles et le protocole du départ. Puis, notre duo de navigateurs et stratégie présente son analyse des fichiers météo et le routage qu’ils ont défini. Enfin, collectivement et sous la décision finale du capitaine, nous arrêtons les autres détails liés à nos missions et organisations de quart.

J’en apprends à chaque échange. La navigation est un puits sans fond d’apprentissage qui convient parfaitement aux esprits curieux.

J’ai si hâte d’être demain et je me couche la première, prête à m’engager pleinement dans ce nouveau challenge. Je me demande si la mer formée annoncée à la sortie des Needles sera différente de ce que j’ai connu jusqu’à présent.

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Te voilà non pas dans la cour des grands, mais celle des géants.

C’est le grand jour de fête à Cowes avec le départ de 500 Bateaux. Très tôt, je me lève spontanément pour prendre ma dernière douche pour les six prochains jours. Comme à l’époque où je jouais au rugby, je tresse mes cheveux sur le haut de la tête en mode guerrière. Je rejoins une partie de l’équipe au bar pour notre « english breakfast » avec un « ginger and lemon tea » et des « muffins and avocado ».

Le bateau est prêt et nous appareillons peu avant 10 heures, libérant ainsi les six autres bateaux à couple. Comme me disait un ami : « Te voilà non pas dans la cour des grands, mais celle des géants ». En effet, ici, au milieu de la zone d’attente, c’est un cortège qui se prépare rassemblant un florilège des plus beaux bateaux jusqu’aux Ultims.

Nous tournons et virons. Nous faisons une réparation sur la grande voile, dont les coutures autour d’une latte se sont abîmées.

À chaque coup de canon donné, une flotte prend son départ. Je fais une vidéo pour ma fille : celle de l’Imoca de Sam Davies et Violette Dorange. Elle est impressionnée de savoir que sa maman va être sur l’eau avec ces navigatrices qu’elle admire tant.

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L’ambiance est plus tendue qu’habituellement.

Avec l’enjeu de ce départ et la proximité de la flotte, la tension se fait sentir à bord. Il faut bien se positionner sur la ligne de départ et éviter toute collision.

À 13h10, nous sommes dans les 10 minutes de procédure de notre départ. Nous souhaitons nous glisser au centre, là où le courant sera plus profitable. À trois minutes du départ, nous déroulons le génois. Nous sommes calés et à quelques secondes seulement de bateaux qui arrivent sur notre tribord et qui sont prioritaires. Nous devons alors lofer pour les laisser passer puis redresser notre route.

L’ambiance est plus tendue qu’habituellement et les voix se font plus fortes.

Sur la ligne de départ, il fallait rester concentrés tout en admirant les beaux bateaux aux alentours. | VALÉRIE MARQUETON

« C’est un bon départ, bon départ ! » : Notre course est lancée avec un enchaînement de virements successifs dans la remontée du chenal vers les Needles. Les équipages au rappel s’observent, s’admirent, se saluent, et prennent même quelques photos des bateaux concurrents. À la sortie des Needles, les conditions se sont compliquées. Les regards sont concentrés et volontaristes. La mer se forme avec une houle serrée qui tape l’avant du bateau. Les claques du vent montent jusqu’à 30 nœuds et un gros grain va nous cueillir.

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« Clac » ! Nous entendons un gros bruit. Le génois est parti de son écoute qui a craqué sous la pression du vent, juste en dessous du nœud. Antoine et Yvrin filent à l’avant pour renouer l’écoute alors que le bateau tape dans les creux de la mer. C’est risqué, mais le génois est enfin repris et nous pouvons alors continuer notre route.

Après huit heures de rappel, je vais voler quelques minutes de sommeil avant de prendre des forces pour mon quart de nuit avec un bon chili végétarien appertisé et réchauffé au bain-marie.

Je crois que le mot de cette journée ou du moins celui que j’ai le plus entendu sera « ça refuse » ! Il faut dire que nous sommes partis pour de longs moments au près et que cela exige une précision à la barre.

Je serai de quart à 1h du matin, puis à 7h du matin…

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