VOILE « Nous sommes fin prêts pour la compétition ! » : carnet de bord d’une apprentie navigatrice – Episode 3/6

Valérie Marqueton est Sablaise. Sportive, la quarantaine, peu expérimentée en voile, elle nourrit depuis quelques années le rêve de prendre le large et de participer à l’une des courses les plus mythiques : la Rolex Fastnet Race. Samedi, elle sera comme des milliers d’autres équipiers au départ de la course centenaire. Une expérience qu’elle partage avec Voiles et Voiliers dans son carnet de bord. Aujourd’hui, Valérie raconte le convoyage entre Cherbourg et Cowes.

Sans grande expérience nautique, Valérie Marqueton s’est embarquée sur la Rolex Fastnet Race et nous raconte sa course.
Sans grande expérience nautique, Valérie Marqueton s’est embarquée sur la Rolex Fastnet Race et nous raconte sa course. | VALÉRIE MARQUETON

Valérie MARQUETON. Publié le 26/07/2025 à 09h24 sur le site Voiles et Voiliers

Hier soir, l’ensemble de l’équipage est arrivé à Cherbourg. Nous avons chargé une joyeuse ribambelle de sacs et avitaillements. Nous sommes huit à bord de Dulcissima. Sur un bateau de 13 mètres, cela exige de l’organisation et de la rigueur pour une bonne cohabitation. Le gréement est vérifié. Ce point n’est pas négligeable, car le Fastnet d’il y a deux ans a laissé quelques traces à l’équipage après un démâtage peu de temps après le départ de la course. Le capitaine et son fils ont mis en place tous les moyens pour faire de cette édition 2025 une belle revanche. Le plongeur a donné un dernier petit coup de nettoyage sur la coque. Nous sommes fin prêts pour la compétition et nous partons à 11 heures.

Une traversée joyeuse entre souvenirs et promesses

Nous sommes partis. Tout l’équipage semble vraiment excité et enthousiaste de cette aventure à partager. Là, au près, entre Cherbourg et Cowes, les plaisanteries et éclats de rire se mélangent dans un joyeux brouhaha. Chacun prend déjà son rôle dans l’équipe.

Hervé, notre capitaine, sera notre arbitre nominal et tranchera sur d’éventuelles divergences de stratégie de routage entre Tanguy et Patrick. Bernard, calme et indépendant, sera notre maître de cérémonie au piano. Jean-Christophe, arbitre et fine lame de la réglementation, éclairera nos choix et stratégies. Antoine, le fils d’Hervé, est au cœur même de ce projet de régate. Il connaît parfaitement le bateau et gère avec une exigence dissimulée d’une main de velours.

Enfin, Yvrin, expérimenté et technique, est toujours d’humeur et de culture distrayante.

Le bateau se dirigeant vers les côtes anglaises. | VALÉRIE MARQUETON

Nous filons au près à 7 nœuds vers le Solent et des dauphins s’amusent à faire des bons verticaux à nos côtés.

Notre équipage approche des Needles de l’île de Wight, après avoir croisé un beau trois-mâts à voile et plusieurs paquebots de transport de passagers.

Le soleil est encore bien lumineux et une légère brume s’installe. Au loin, nous apercevons les falaises qui brillent d’un blanc reflété par le soleil. Ce paysage ressemble à celui d’un iceberg sur l’eau. Nous profitons de cet instant magique avec Yvrin pour aller à l’avant du bateau sur le pont et marquer dans notre mémoire cette beauté qui rappelle Etretat avec sa pierre blanche.

Nous franchissons le cap des Needles tous ensemble dans le cockpit en levant nos verres à ce passage qui marque officiellement le début de notre aventure commune. Les rires sont présents en ce moment sublimé par ce qui nous entoure.

Cowes, cœur battant de la voile

À la nuit tombée, nous débarquons à Shepards Marina, à Cowes. Le port est déjà bondé de magnifiques bateaux de tout type arborant leurs flammes Rolex, comme signe d’appartenance à cet événement emblématique de la voile. Nous dînons, en équipage dans le carré, une bonne assiette de pâtes avant de partir arpenter les ruelles typiquement « british » de Cowes. Les pubs s’entendent à plusieurs mètres à la ronde, car il semble qu’ici tout le monde parle fort. Nous nous immergeons dans cette ambiance d’avant-veille de régate au Inner Pub, un lieu très cosy avec moquette, cheminée, boiseries et des échanges dans toutes les langues.

Après une discussion avec des Autrichiens, nous écoutons quelques sons d’harmonica d’Allemands qui navigueront sur un One Tonner.

Nous rentrons nous coucher à bord de Dulcissima, où nous partageons un espace confiné, mais bien défini. Je dors sur une bannette en hauteur d’environ 50 à 60 cm de largeur, ce qui ne m’empêchera pas de passer une nuit paisible.

Après un convoyage aux paysages époustouflants, il est temps de profiter des rues – et des pubs – de Cowes. | VALÉRIE MARQUETON

C’est l’effervescence sur les pontons

Dans la nuit, justement, beaucoup de bateaux sont arrivés. C’est l’effervescence sur les pontons et chacun doit veiller à ses derniers avitaillements. Les allées des supérettes anglaises voient défiler des marins chargés en pack d’eau. Nous continuons notre balade pédestre locale jusqu’au Royal Ocean Racing Club pour prendre un délicieux café avec vue sur la Marina. Le lieu est très chic et les équipages se rassasient au traditionnel bacon grillé.

Nous sommes incontestablement dans la mecque de la voile. Ici, tout vibre et respire autour de ce monde. Nous nous rendons vers le haut lieu du départ de cette course au pied du Royal Yacht Squadron, le plus prestigieux du Royaume-Uni. Une rangée de canons est orientée vers le sol et sonnera le départ de cette Rolex Fastnet Race.

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De l’autre côté de la rive, mon ami Jacques Caraës est arrivé, car il participe aussi sur un magnifique catamaran Grâce de Dieu, avec Halvard Mabire et Miranda Merron. Il viendra rejoindre notre rive et j’aurai le privilège de le retrouver au Inner Pub avant de déjeuner à cette guinguette surplombant l’eau. Jacques est en très bonne compagnie avec Gwen Chapalain, organisateur de courses nautiques, Jim Thom du Yacht Man Classis et deux amis équipiers, Xavier Dhennin et Gauthier Mothe. Ils me racontent leur façon d’aborder cette régate en multicoque avec beaucoup de convivialité et sérénité. Ce qui n’est pas surprenant, compte tenu de leurs pedigrees nautiques respectifs.

Briefing d’accueil des skippers. Le grand départ est pour bientôt. | VALÉRIE MARQUETON

Je retourne ensuite au RORC pour écrire ces quelques lignes, car se tient à 16h le briefing de la course. C’est une fourmilière de marins qui s’agite. J’ai la chance d’échanger quelques mots avec Pip Hare et souligner le rôle de modèle qu’incarne cette navigatrice, qui a encore démontré son abnégation après son démâtage sur le dernier Vendée Globe.

C’est notre dernière soirée à terre, et demain midi, notre départ aura lieu devant les canons. Nous sommes toutes et tous baignés par cet esprit exaltant de Cowes, dans un état de grâce avant ce grand jour.

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