VOILE « Le bulletin météo annonce un avis de grand frais » : carnet de bord d’une apprentie navigatrice – Episode 2/6

Valérie Marqueton est Sablaise. Sportive, la quarantaine, peu expérimentée en voile, elle nourrit depuis quelques années le rêve de prendre le large et de participer à l’une des courses les plus mythiques : la Rolex Fastnet Race. Samedi, elle sera comme des milliers d’autres équipiers au départ de la course centenaire. Une expérience qu’elle partage avec Voiles et Voiliers dans son carnet de bord. Aujourd’hui, Valérie revient sur le convoyage entre Les Sables-d’Olonne et Cherbourg.

Valérie poursuit l’écriture de son carnet de bord à l’avant du bateau, calé dans les voiles.
Valérie poursuit l’écriture de son carnet de bord à l’avant du bateau, calé dans les voiles. | VALÉRIE MARQUETON

Valérie MARQUETON. Publié le 25/07/2025 à 09h15 sur le site Voiles et Voiliers

Convoyage – Jours un et deux (18 et 19 juillet 2025)

Nous partons à trois depuis Les Sables-d’Olonne vers l’île d’Yeu, où nous attend notre capitaine. En équipage réduit, j’aurai le bonheur de barrer davantage. Dulcissima glisse sous le vent, toutes voiles dehors, au bon plein à sept nœuds. La barre à roue est presque plus grande que moi. Je me place, assise à côté de la barre sous le vent, pour observer les penons.

Notre tirant d’eau nous impose une halte au mouillage dans l’anse des Vieilles, sur l’île d’Yeu. Nous passerons la nuit à Port-Joinville, avant de repartir vers Belle-Île-en-Mer… ou peut-être Lorient, si le vent nous porte suffisamment. Au départ d’Yeu, la mer est belle et nous passons entre les deux parcs d’éoliennes. Celui de Noirmoutier, encore en construction, nous contraint à modifier légèrement notre cap. Le bateau avance parfaitement entre sept et huit nœuds, et nous apercevons enfin la terre, Belle-Île. Mais le bulletin météo annonce un avis de grand frais sur Penmarc’h, de 21 h à 4 h du matin.

Il faut réfléchir prudemment et ne pas trop s’aventurer, bien que notre temps pour rallier Cherbourg soit compté. Nous décidons de continuer jusqu’à Lorient, que nous espérons rejoindre avant que la météo ne devienne trop mouvementée. L’anémomètre affiche un vent entre 25 et 30 nœuds, et la mer commence à se former. Yves et moi allons au pied du mât pour mettre un ris dans la grand-voile. La pluie nous inonde.


Convoyage – Jours un et deux (18 et 19 juillet 2025)

Nous partons à trois depuis Les Sables-d’Olonne vers l’île d’Yeu, où nous attend notre capitaine. En équipage réduit, j’aurai le bonheur de barrer davantage. Dulcissima glisse sous le vent, toutes voiles dehors, au bon plein à sept nœuds. La barre à roue est presque plus grande que moi. Je me place, assise à côté de la barre sous le vent, pour observer les penons.

Notre tirant d’eau nous impose une halte au mouillage dans l’anse des Vieilles, sur l’île d’Yeu. Nous passerons la nuit à Port-Joinville, avant de repartir vers Belle-Île-en-Mer… ou peut-être Lorient, si le vent nous porte suffisamment. Au départ d’Yeu, la mer est belle et nous passons entre les deux parcs d’éoliennes. Celui de Noirmoutier, encore en construction, nous contraint à modifier légèrement notre cap. Le bateau avance parfaitement entre sept et huit nœuds, et nous apercevons enfin la terre, Belle-Île. Mais le bulletin météo annonce un avis de grand frais sur Penmarc’h, de 21 h à 4 h du matin.

Il faut réfléchir prudemment et ne pas trop s’aventurer, bien que notre temps pour rallier Cherbourg soit compté. Nous décidons de continuer jusqu’à Lorient, que nous espérons rejoindre avant que la météo ne devienne trop mouvementée. L’anémomètre affiche un vent entre 25 et 30 nœuds, et la mer commence à se former. Yves et moi allons au pied du mât pour mettre un ris dans la grand-voile. La pluie nous inonde.

LIRE AUSSI : « C’était décidé : j’embarquerai pour la Fastnet ! » : carnet de bord d’une apprentie navigatrice

Anse des vieilles (Yeu). | VALÉRIE MARQUETON
Arrivée sur port Joinville (Yeu). | VALÉRIE MARQUETON

Yves glisse en descendant, et le voici à l’eau, de l’autre côté du catway…

Je commence à me sentir un peu ballotée, mais je ne dis mot. Dans ces sensations de mal de mer, je me place toujours à l’extérieur, face au vent, pour faire passer ces maux de ventre. C’est plutôt efficace, mais je sens bien que cet état résulte d’une fatigue. Il est 20 h. Je rentre alors m’allonger sur le flanc, tout habillée de ma tenue de quart, dans la cabine avant, à côté des voiles sur la couchette. Je me réveille vers 21 h, complètement rétablie, et nous sommes à 15 minutes du chenal de Lorient. Le vent est toujours très fort, avec une houle de Sud.

Nous passons le chenal, laissons à tribord Port-Louis et ses remparts, et nous dirigeons vers le ponton visiteurs de Kernével. Il fait nuit, et le vent nous déporte entre les pontons. Nous accostons, mais dans la manœuvre, Yves glisse en descendant, et le voici à l’eau, de l’autre côté du catway…

Sa veste gorgée d’eau, ses bottes glissantes et un accostage complexe ne l’auront pas empêché de tenir avec force le bout. Fort heureusement, deux jeunes marins gaillards accourent pour le hisser sur le ponton. Il est 22 h 30. Nous sommes à terre. Après un repas, nous pouvons rejoindre nos couchettes et fermer nos paupières. Vers 4 h du matin, la tempête se calme et nous retrouvons l’immobilité. Demain, nous resterons à Kernével, à Lorient, pour laisser passer le grand frais et nous reposer avant de reprendre notre route, deux jours et deux nuits vers la Bretagne…


Convoyage – Jours un et deux (18 et 19 juillet 2025)

Nous partons à trois depuis Les Sables-d’Olonne vers l’île d’Yeu, où nous attend notre capitaine. En équipage réduit, j’aurai le bonheur de barrer davantage. Dulcissima glisse sous le vent, toutes voiles dehors, au bon plein à sept nœuds. La barre à roue est presque plus grande que moi. Je me place, assise à côté de la barre sous le vent, pour observer les penons.

Notre tirant d’eau nous impose une halte au mouillage dans l’anse des Vieilles, sur l’île d’Yeu. Nous passerons la nuit à Port-Joinville, avant de repartir vers Belle-Île-en-Mer… ou peut-être Lorient, si le vent nous porte suffisamment. Au départ d’Yeu, la mer est belle et nous passons entre les deux parcs d’éoliennes. Celui de Noirmoutier, encore en construction, nous contraint à modifier légèrement notre cap. Le bateau avance parfaitement entre sept et huit nœuds, et nous apercevons enfin la terre, Belle-Île. Mais le bulletin météo annonce un avis de grand frais sur Penmarc’h, de 21 h à 4 h du matin.

Il faut réfléchir prudemment et ne pas trop s’aventurer, bien que notre temps pour rallier Cherbourg soit compté. Nous décidons de continuer jusqu’à Lorient, que nous espérons rejoindre avant que la météo ne devienne trop mouvementée. L’anémomètre affiche un vent entre 25 et 30 nœuds, et la mer commence à se former. Yves et moi allons au pied du mât pour mettre un ris dans la grand-voile. La pluie nous inonde.

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Anse des vieilles (Yeu). | VALÉRIE MARQUETON
Arrivée sur port Joinville (Yeu). | VALÉRIE MARQUETON

Yves glisse en descendant, et le voici à l’eau, de l’autre côté du catway…

Je commence à me sentir un peu ballotée, mais je ne dis mot. Dans ces sensations de mal de mer, je me place toujours à l’extérieur, face au vent, pour faire passer ces maux de ventre. C’est plutôt efficace, mais je sens bien que cet état résulte d’une fatigue. Il est 20 h. Je rentre alors m’allonger sur le flanc, tout habillée de ma tenue de quart, dans la cabine avant, à côté des voiles sur la couchette. Je me réveille vers 21 h, complètement rétablie, et nous sommes à 15 minutes du chenal de Lorient. Le vent est toujours très fort, avec une houle de Sud.

Nous passons le chenal, laissons à tribord Port-Louis et ses remparts, et nous dirigeons vers le ponton visiteurs de Kernével. Il fait nuit, et le vent nous déporte entre les pontons. Nous accostons, mais dans la manœuvre, Yves glisse en descendant, et le voici à l’eau, de l’autre côté du catway…

Sa veste gorgée d’eau, ses bottes glissantes et un accostage complexe ne l’auront pas empêché de tenir avec force le bout. Fort heureusement, deux jeunes marins gaillards accourent pour le hisser sur le ponton. Il est 22 h 30. Nous sommes à terre. Après un repas, nous pouvons rejoindre nos couchettes et fermer nos paupières. Vers 4 h du matin, la tempête se calme et nous retrouvons l’immobilité. Demain, nous resterons à Kernével, à Lorient, pour laisser passer le grand frais et nous reposer avant de reprendre notre route, deux jours et deux nuits vers la Bretagne…

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Pause écriture. | VALÉRIE MARQUETON

Convoyage – Jours trois à cinq (20, 21, 22 et 23 juillet 2025)

Nous sommes bloqués à quai à cause de la dépression. Il nous faut occuper notre temps et nous reposer avant d’entamer une navigation derrière cette météo d’été capricieuse. Nous aurons une nuit à passer en mer – et pas des moindres, car il faudra passer le Raz de Sein pour remonter. Nous prenons la navette maritime depuis Kernével pour aller sur la Base de Lorient et en profitons pour découvrir la rade et les beaux remparts de Port-Louis.

Je choisis de visiter le pôle course au large sous une pluie torrentielle. Mes petits escarpins en daim, mal assortis à ma veste de quart, sont trempés. Tous ces bateaux me font rêver… Que cela doit être exigeant de naviguer sur de tels supports ! Il faut tant de connaissances pour être skipper… et aussi beaucoup d’abnégation et de courage.

Je dois reprendre la navette de 18 heures et je me presse sur les pontons, entre Mini 6.50, Figaro Bénéteau 3, Class40, IMOCA du Vendée Globe, et Ultim. Certains d’entre eux, au repos ici aujourd’hui, seront au départ du Fastnet avec nous dans quelques jours. C’est du sérieux, ce centenaire de l’épreuve Fastnet. Nous aurons cette chance immense de naviguer avec les plus grands. Je mesure à peine que l’échéance approche. Mais ma nuit à bord, réveillée par le vent qui siffle et l’amarre qui grince à l’avant du bateau, me le rappellera.

Là, dans ma couchette avant, je suis prise d’une insomnie peu avant 5 heures du matin. J’ai un peu peur. Je ne veux pas avoir le mal de mer, et un ami skipper professionnel me conseille de prendre un médicament contre le mal des transports. J’irai à la pharmacie demain matin pour en chercher. S’il me le recommande, lui qui a fait plusieurs tours du monde, cela ne peut être qu’efficace.

Quart de nuit sur le J/130 Dulcissima. | VALÉRIE MARQUETON

Le départ de Kernével ne cesse d’être repoussé, car le vent souffle très fort.

C’est dans ces insomnies que nos choix de vie se réveillent à nous. Je suis si heureuse en mer et dans cette vie de marin, mais je souffre parfois des critiques de proches… de trop aimer ma liberté. Moi qui suis mère de trois enfants, je gagne avec beaucoup de rigueur et de travail cette indépendance et cette autonomie. Les jugements de « femme trop libre » me pèsent. Partir presque trois semaines en mer devient, pour certains, un prétexte pour me condamner à être une mauvaise mère, qui privilégie ses choix à ses enfants. Oui, la réalité, c’est que nous en sommes encore là. J’ignore si les reproches seraient les mêmes si j’étais un homme. Mais, bien qu’ils me touchent, je ne renoncerai pas à vivre ce que j’aime. Dans quelques heures, nous partirons de Lorient pour une nuit en mer.

Le départ de Kernével ne cesse d’être repoussé, car le vent souffle très fort, avec des rafales de plus de 30 nœuds dans le port. Nous attendons le bon intervalle, car il faudra passer le Raz de Sein et le Four, deux passages réputés complexes, en raison du courant et parfois de la mer qui bouillonne. Ces décalages d’horaires installent une ambiance très singulière. Elle me rappelle l’ascension du Mont-Blanc après la tempête au refuge du Goûter. Il y a beaucoup de similitudes : le silence, l’attente, les questionnements non avoués, une part de peur, les scénarios qu’on élabore intérieurement, les regards qui s’évitent pour masquer les doutes, les sourires feints.

Il est 20 heures. Après une petite collation, nous appareillons pour la nuit. Nous laissons l’île de Groix à bâbord, sous le soleil couchant, bientôt masqué par les nuages. Nous sommes concentrés, mais prêts à être ballottés.

Lever de soleil au large. | VALÉRIE MARQUETON

Nous passons le Raz de Sein et y observons quelques petites déferlantes.

La nuit est très longue. Sans lune, dirait-on, et des milliers d’étoiles seront rapidement cachées par les nuages. Nous organisons nos quarts : comme j’ai le moins d’expérience en navigation de nuit, je serai en doublon. Par prudence, j’ai pris, avant de partir, un cachet contre le mal des transports, conseillé par un ami skipper du Vendée Globe. Et il sera fort utile pour cette nuit qui nous attend. À 0h30, impossible de voir la mer, mais l’avant du bateau tape à chaque vague. La houle doit être impressionnante. Nous avançons à sept ou huit nœuds, sous deux ris et J3, dans 20 à 23 nœuds de vent. À 3h30, je rentre me réchauffer et me poser. Tout va bien. Les conditions se calment un peu. Nous devrions bientôt passer les Glénan à tribord.

Il est presque sept heures. Je remonte, il fait jour. Nous sommes au moteur, car le vent est tombé vers 5h15. Une flotte de pêche nous entoure. Nous passons le Raz de Sein et y observons quelques petites déferlantes. C’est assez calme, jusqu’à ce que nous traversions un bouillon. Notre capitaine nous a préparé une salade de riz, que nous accompagnons d’une bouteille de Chablis pour fêter ce passage. Nous poursuivons ensuite notre route jusqu’au Four. Nous serons escortés de nombreux dauphins, en mer d’Iroise, puis dans la Manche. Dans le Finistère, je laisse de côté le sublime phare de l’île Vierge, le plus haut d’Europe, que j’ai visité et arpenté avec mes deux enfants, Hektor et Viktoria, en avril dernier. Tapissé de carreaux d’opaline, avec son escalier tournant interminable, il nous avait à tous donné le vertige.

En approche de Guernesey. | VALÉRIE MARQUETON

La mer tourbillonne, déferle, et le courant est d’environ 3 à 4 nœuds.

Nous répartissons nos quarts de nuit. Je ferai le début, de 22 h à minuit, puis le lever du jour de 6 h à 8 h. La mer est calme, et le vent remonte vers 2 h du matin. Je prends mon quart alors que nous approchons de l’île de Guernesey. Deux heures d’immensité dans ce large où je ne croiserai aucun bateau. Nous avons perdu notre position GPS juste avant 6 heures. Il me faut donc bien suivre mon cap au 50°.
Dans ce large, sous ces nuages d’un rose vif, je me sens très, très heureuse. « Ici, tout n’est qu’ordre, luxe, calme et volupté… » Yves me prépare un thé au lait pour me réchauffer. Puis, vers 8 h, à la relève de quart, je prends mon petit-déjeuner avec Hervé, notre capitaine. Ce sont des petits moments de bonheur et de partage, suspendus au monde, agrémentés de tartines au camembert trempées dans le café, de biscottes à la confiture de ma maman, et de quelques tranches de banane en topping.


Nous passons au large de Guernesey, puis de Sainte-Anne, avant d’être longuement immobiles devant les rochers et le phare des Casquets. La mer tourbillonne, déferle, et le courant est d’environ 3 à 4 nœuds. Nous avons de fait beaucoup de temps pour admirer ce rocher, et Hervé y fantasme la pose d’un casier, pensant aux homards qui doivent arpenter ces fonds.
Nous arrivons à Cherbourg en fin de journée, sous un soleil réchauffant nos corps. Je redécouvre, vue depuis la mer, le sublime relief du Cotentin, où j’avais couru le trail de la Barjo. C’est beaucoup d’émotion d’arriver et d’entrer dans cette rade, où sont déjà amarrés les plus beaux bateaux. Nous aurons le privilège d’être coiffés au poteau, à l’entrée du port, par le majestueux Imoca TeamWork, barré par la femme la plus rapide du monde (Justine Mettraux, ndlr).

Arrivée à Cherbourg pour une courte escale avant de repartir pour Cowes. | VALÉRIE MARQUETON

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