[Voile] Vogue vers l’île d’Yeu mon petit « Rêve de Gosse »

Le rêve de petite fille.

De mes souvenirs de petite fille, j’ai gardé en tête ce doux rêve d’un jour voyager en voilier.

Je me souviens de la béatitude avec laquelle je découvrais les images de mes petits cousins et cousines, Renaud et Marie, de leur petite tête blonde, lorsqu’ils quittaient leur île au soleil et leur voilier et venaient nous rendre visite dans ma vie de terrienne, au cœur du Berry natal et des champs de blé. D’ailleurs c’étaient bien là la seule similitude que j’entrevoyais entre eux et moi, la couleur du blé qui entourait notre maison, aussi claire et dorée que leurs cheveux patinés par le soleil.

J’ai conservé dans ma mémoire de petite fille, leurs peaux bronzées par leur vie en voilier, leurs Foulées pieds nus dans notre jardin comme un autre art de vivre et leurs éclats de rire en nous expliquant leurs journées à voguer et rencontrer les dauphins. La petite fille que j’étais comprenait alors que de l’autre côté de la planète, Certains vivaient et dormaient sur les bateaux baignés de soleil.

Alors mon imaginaire s’est mis inconsciemment à fantasmer sur cette autre réalité que la mienne.

J’ai doucement su qu’un jour je partirai en voilier.

Et puis il y a eu cette vie d’adulte à remplir, et elle le fut; de joies, de bonheur, de rires, de déceptions, de tristesse, de pleurs. Et puis alors que j’avais coché toutes les cases, et enfouis sans m’en apercevoir certains de mes rêves. Il y eut ce réveil, cette lente reconstruction, et retour de conscience de cette vision qui me remplirait de liberté, aventure et profond bien être :

Partir en mer à la voile.

J’ai 44 ans, je n’ai jamais navigué, je vis seule avec mes trois enfants à une heure de l’océan, mais j’ai la chance de croiser sur mon chemin de vie des amoureux de la voile et il se trouve que ces personnes je les trouve belles et je les aime beaucoup. J’y vois un peu l’amour de l’océan comme un trait de personnalité des hommes épris de liberté et à la douceur de l’âme envers les autres. J’y vois ces âmes en recherche d’apaisement dans ce monde de fou et qui ont compris que le bonheur se trouve là-bas, là même où ils vont se trouver eux mêmes.

La rencontre avec mon rêve de Gosse et l’apprentissage

Il y a aussi ce Covid, qui nous enferme tous et nous interdit de nous évader. Et en même temps, en ce mois de novembre 2021, cette annonce qui m’appelle vers « Reve de Gosse » dans la ville des sables d’Olonne devenue, depuis ma séparation et la perte forcée de mon cocon biarrot, mon refuge maritime.

Il y a cette rencontre avec Cyril, qui naviguait enfant sur ce voilier avec son papa qu’il vient juste de perdre. Il y a ce contact chargé en émotion de part et d’autre et cette envie de voire les aventures humaines de rêve de Gosse se prolonger. Nous convergeons vers cette image de ce voilier embarquant mes loulous et leur faisant découvrir le vrai voyage, celui de vivre ses rêves et de se sustenter de l’immensité de l’océan qui nous saisit.

C’est l’heure au carrefour de ma vie; je n’attendrais pas d’être plus au calme, plus libre de mon temps, avec des enfants plus grands. Pourquoi attendre quand la simple descente du ponton de Port Olona me dit que je suis déjà chez moi, au bon endroit pour moi.

La veille de Noël, je saurai, non sans larmes de joie, que Rêve de Gosse sera mien prochainement.

Après plusieurs mois de mise au point du voilier avec Yoann, qui inspecte tout et remet à niveau l’équipement en se rappelant ses vieilles habitudes de marin d’il y a 20 ans, nous effectuons nos premières sorties et apprentissages dans la baie des Sables d’Olonne.

Nous savons qu’il y a cette belle île au large des Sables, L’Ile d’Yeu, qui nous a marqué par sa beauté sauvage et préservée l’an passé, à la libération du premier confinement.

Et puis Gus, le vieil ami de Yoann avec qui il naviguait il y a 20 ans, ouvre une fenêtre de deux jours pour renouer à la barre et nous accompagner dans notre aventure marine.

Nous décidons de faire notre première traversée avec cet équipage de trois en août, soit 4 mois après notre première sortie du mythique chenal du port des Sables d’Olonne, celui même qui accueille le Vendée Globe, avec des voiliers comme qui dirait un peu plus cossus que notre coquille de noix de 7m60 que nous aimons tant.

La traversée vers l’île d’Yeu

Notre équipage se retrouve lundi soir au Joys café sur Port Olona, notre petit troquet juste au bout de notre ponton, pour revoir collectivement l’itinéraire, les conditions météorologiques et l’équipement. Nous sommes invités pour dîner dans les marais salants au coucher de soleil chez Didier. Nos hôtes nous accueillent avec tant de gentillesse et d’ouverture que le séjour est déjà un beau moment de partage avant même l’embarquement.

Mardi matin, nous sommes prêts et le soleil nous attends. Sous la pression du moment et avec ce vent qui rabat mon bateau sur le ponton, j’exécute la manœuvre de sortie la pire jamais réalisée et fort heureusement mes deux équipiers assurent le voilier.

Nous sommes dans le chenal, puis nous hissons les voiles et coupons le moteur enfin, notre traversée peut débuter.

La mer est belle, avec une légère houle et une moyenne de 16 à 18 noeuds de vent. La grande voile et le génois nous portent bien et nous ferons une traversée efficace avec une allure globale de presque 6 noeuds. Descendre en cabine me donne la nausée et notre cher Gus se révèle être un cuisto de bord hors pair, dont nous sommes ravis de profiter. Après environ 5 heures de traversée au portant avec une visibilité moyenne, nous apercevons au loin sur l’eau une forme brumeuse, L’Ile se dessine devant nos yeux presque comme un mirage. La houle s’intensifie et il m’est préférable de prendre la barre et bien regarder en avant du bateau. C’est une excellente excuse pour me retrouver, avec excitation et non sans frousse masquée, seule à la barre pendant une petite demi heure de sieste de mes équipiers.

Tout se passe bien, j’aime sentir la pression dans la barre allant et venir au gré des vagues, écouter ce silence entrecoupé du bruit du vent dans les voiles et des clapotis de l’océan sur la coque de rêve de Gosse.

Lorsque nous approchons de Port Joinville, l’océan brasse davantage mais nous décidons de voguer encore un peu pour mettre pour la première fois le spi. Gus installe le tangon et nous déployons le spi le long de l’île. C’est superbe, Excepté la petite galette après être descendue dans le carré, ce sera ma première. Je crois qu’elle rend Yoann malade aussi, mais il semble résister.

Nous rentrons au port, déjà bien chargé, ou un petit canot va nous placer à couple, en 5ème position. C’est une vraie boîte de sardines avec les belles conditions météorologiques de cette fenêtre d’août. Les voiliers continuent d’affluer au port et les plaisanciers s’entraident pour amarrer les bateaux entre eux.

Alors que nous rejoignons le port pour dîner, la question qui revient entre tous est celle de savoir à quelle heure le départ de chacun des bateaux est souhaité. Car il y a embouteillage et nous devrons tous attendre en effet que le 1er voilier a l’entrée du port ne se décide vers 10h00, ce qui finalement arrange tout le monde vu le vent soufflant si fortement en début de matinée.

Nous quittons le port en deuxième, juste après un gros bavaria, qui se retrouvera finalement derrière nous dans le chenal de Port Joinville.

La houle est présente dans le chenal et Rêve de Gosse se fait subitement charger par le gros bavaria déjà embarqué sous pilote automatique sans skipper à la barre à roue. Il avance plus vite que nous et notre équipage se met à hurler, aussi fort qu’il le peut, ce qui fait enfin sortir le skipper de sa cabine, mais trop tardivement et nos coques se frôlent, et se touchent malgré la manœuvre et nos tentatives vaines de le repousser.

Nous sommes passés de peu à côté de la catastrophe et nous avons évité les dégâts matériels. Il est temps de reprendre le large, puis de longer la côte vendéenne. Le vent est plus calme que prévu mais nous sommes contraints de remettre un peu le moteur, pris par le temps car demain il faut retourner au bureau.

Nous longeons Saint Gilles Croix de Vie mais une avarie se présente à nous. Sous les fesses de notre équipier admirant l’horizon, l’embout avant de la bôme casse et nous devons la retenir avec du boute. Le rafistolage tiendra jusqu’au port des Sables d’Olonne, y compris avec des rafales à 20 noeuds. Notre chef cuisto nous préparera même des pâtes au saumon dans la petite cuisine de bord et nous n’oserons pas le railler pour le craquement de bôme sous son poids. Notre bateau, u mn Dufour 1800 a 42 ans, les parties métalliques sont forcément un peu fragilisées.

En approchant du chenal, nous allons tirer des bords en jouant avec un autre voilier, plus gros, de quoi se réjouir de ce périple sous les plus beaux hospices. Cette petite régate tient en haleine Gus qui ne lâche plus la barre et aura raison de cette petite compétition pour le plaisir.

Nous arrivons à notre place au port, nous sommes à la maison, Notre cocon sur l’eau, celui qui nous ouvre une voie pour sortir de ce monde de terriens dès que nous embarquons.

Dès que l’on revient sur terre, ou devrais-je dire à quai, nous avons l’impression d’amerrir d’une autre planète , et comme un sentiment de ne plus tout à fait appartenir au monde « normal ».

Nous sommes très fiers de notre petit Rêve de Gosse, notre partenaire d’aventure, et de notre équipage si fluide.

Je l’ai rêvé, nous l’avons réalisé.

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